LE TELEGRAMME - 29 JUIN 2008 : QUIMPERLE :

URGENCES DE NUIT. LA FERMETURE DANS LES TUYAUX

Et si les urgences de nuit fermaient ? C'est en tout cas l'une des
pistes à l'étude dans le cadre plus général d'une coopération
sanitaire entre les centres hospitaliers de Lorient et de Quimperlé.

L'annonce de la fermeture des urgences de nuit à Concarneau a entraîné
vagues d'émotion et d'indignation dans la population. À Quimperlé,
rien. Pourtant, le projet de fermeture des urgences de nuit existe bel
et bien. Dans le rapport remis au directeur de l'Agence régional
d'hospitalisation (ARH) Bretagne par le Samu de France, à l'issue de
la mission d'expertise sur l'implantation des sites de Services
mobiles d'urgences et de réanimation (Smur) dans le Finistère, la
question du maintien des urgences de nuit à Quimperlé y est clairement
posée. Ainsi, page 7, il est dit : « Un transfert d'activité à
certains moments vers Lorient (fermeture des urgences la nuit ?) est
en cours d'évaluation ».

Solution évoquée en Préfecture

La mesure a d'ailleurs été évoquée le 25 mars dernier, en Préfecture.
En présence du directeur de l'ARH Bretagne, le docteur Renaud, médecin
urgentiste au CH Quimperlé, a expliqué que « la mission prioritaire
des structures des urgences et des Smur est de répondre à l'aide
médicale urgente et à l'urgente vitale, et non la permanence des soins
». Et l'urgentiste de poursuivre : « À ce titre, le CH Quimperlé
envisage de constituer une fédération médicale avec le CH de
Bretagne-Sud pour mutualiser les moyens des deux établissements avec,
éventuellement, une fermeture des structures d'accueil des urgences de
Quimperlé la nuit ». À l'heure où Concarneau se bat pour tenter de
sauver ses urgences de nuit, cette nouvelle menace vient assombrir une
situation déjà jugée comme « grave » par Jean-Paul Sénéchal, délégué
départemental de Sud Santé et membre du comité de défense de l'hôpital
de Concarneau. Pour ce dernier, le risque « est réel ». Et son
application reviendrait, pour l'ensemble du Sud Finistère, à ne plus
fonctionner qu'avec deux services d'urgences, « un à Quimper et
l'autre à Carhaix ».

Coopération sanitaire : projet en cours

Cette réorganisation va dans le sens de ce que préconise le rapport
Larcher qui redéfinit les missions de l'hôpital (lire encadré). Est
notamment proposé de créer des communautés hospitalières de
territoires. « Un hôpital pivot par territoire de santé avec des
satellites », note Jean-Paul Sénéchal. Quimperlé devenant ainsi
satellite de Lorient. Dans son rapport, le Samu de France ne dit
d'ailleurs pas autre chose. Il souligne la proximité de Quimperlé avec
Lorient, l'absence de service de chirurgie à Quimperlé, rappelle que
ce dernier « est dans le territoire de santé de Lorient » et que «
l'orientation des patients par le Smur se fait souvent sur Lorient ».
Autant de points qui concourent à « un projet de fédération avec le
service des Urgences du CH de Lorient ». Projet qui, précise ce même
rapport, « est en cours » avec notamment la « création de postes
partagés ».

Stéphane Guihéneuf

LE TELEGRAMME - 30 JUIN 2008 : QUIMPERLÉ

URGENCES DE NUIT.L'INCOMPRÉHENSION
L'annonce d'une possible fermeture des urgences de nuit ne passe pas.
Élus comme syndicats en soulignent l'incohérence. Une motion pour le
maintien des urgences devait être proposée, hier, lors du conseil
municipal.

Encore sous le coup de la fermeture de sa maternité et de son service
de chirurgie, l'hôpital quimperlois pourrait bien perdre d'ici
quelques semaines ses urgences de nuit (voir notre édition d'hier).
Une éventualité qui en a surpris plus d'un hier au réveil et qui ne
serait pas sans incidence pour le pays de Quimperlé.
Nombreuses incidences
Avec, à terme, « des menaces sur la radiologie et le laboratoire »,
souligne l'ancien maire Daniel Le Bras. Pour cet urgentiste, la
fermeture des urgences de nuit risque de mettre en péril toute
l'organisation des services. Elle pose également la question du
territoire, évoquant le cas des populations qui résident à Scaër, ou
au Faouët. Loin, bien loin du centre hospitalier lorientais dont les
services d'urgences sont, de l'avis de certains, déjà surchargés.

Les incidences pourraient être également importantes pour les pompiers
quimperlois, les ambulanciers et même les services de gendarmerie
contraints d'effectuer encore plus de transports vers Lorient.

Alain Pennec a demandé à rencontrer le directeur

Joint hier, Alain Pennec déclare avoir demandé des explications au
directeur de la structure quimperloise. « Il m'a dit qu'il y avait
effectivement une discussion, qu'aucune décision n'est prise ». Une
rencontre est prévue. Mais le directeur a laissé entendre que « le
service est peu fréquenté la nuit, quatre passages en moyenne », avis
que tous ne partagent pas. Ce discours n'est pas très loin de celui
tenu à Concarneau où les urgences de nuit fermeront leurs portes
dimanche soir. Ce qu'Alain Pennec ne veut pas voir se produire ici. «
Il y aura une réaction certainement de notre part, on va être très
vigilant ».

Une motion pour le maintien des urgences

Du côté du groupe socialiste, la pilule ne passe pas. « Nous allons
présenter, ce soir (hier) au conseil municipal une motion pour le
maintien des urgences de nuit à Quimperlé », souligne Michaël Quernez
qui, il y a peu, était encore président du conseil d'administration de
l'hôpital. Pour celui-ci, le combat commence aujourd'hui. « Je suis
totalement opposé à cette fermeture, c'est une atteinte plus
préjudiciable que la fermeture de la maternité et de la chirurgie ».
L'élu quimperlois ne comprend pas : « Dans le cadre de la
restructuration sur la maternité et la chirurgie, le renforcement des
urgences avait été présenté comme une priorité ». En mars, une unité
sur mesure post-urgence, dite unité d'hospitalisation de très courte
durée (UHTCD) avait été lancée. Dans ce bâtiment flambant neuf érigé
dans la continuité des urgences, les six chambres permettent
d'accueillir des patients dont la prise en charge prévisible est
courte. Des élus qui en appellent désormais à la solidarité des
territoires, à l'échelle locale mais également à l'échelle du
territoire sanitaire. « Le maintien de la santé nécessite le maintien
des deux services, à Quimperlé et à Concarneau ».

Stéphane Guihéneuf


D'AUTRES RÉACTIONS

GILBERT LE BRIS, DÉPUTÉ DE LA 8 E CIRCONSCRIPTION : « TOUS LES PETITS
HÔPITAUX DOIVENT SE BOUGER ».


« À partir du moment où on a supprimé la chirurgie... », Gilbert Le
Bris n'est pas surpris que l'hôpital quimperlois réfléchisse à la
fermeture des urgences de nuit. Avec la fermeture de celles de
Concarneau, l'élu met en avant le risque « de ne plus rien avoir entre
Quimper et Lorient ». Et de constater que « ce sont toutes les villes
moyennes qui sont dans le collimateur, or en Bretagne on a un tissu de
villes moyennes ». L'élu dénonce aussi l'ambiguïté de la ministre
Roselyne Bachelot qui, dans Le Monde daté du 27 mai, explique que «
l'hôpital de proximité a tout à fait son utilité ». « Elle dit que
"l'hôpital de proximité, c'est d'abord l'urgence, les soins courants
et les soins de suite" et elle fait le contraire. On n'y comprend plus
rien ». Alors que la décision de fermer ou non les urgences de nuit
pourrait être prise en juin, sur les bases d'un audit en cours, l'élu
note que « tous les petits hôpitaux doivent se bouger.»

GÉRARD BESNARD, DÉLÉGUÉ CFDT HÔPITAL : UN RENDEZ-VOUS DÈS AUJOURD'HUI
« On nous avait fait des promesses avec le renforcement des urgences.
On va demander des comptes. J'ai demandé un rendez-vous dès demain
(aujourd'hui, NDLR) à la direction. »

CGT HÔPITAL : « PATIENTS DE SECONDE ZONE »
« Les campagnes sont déclarées zone de "non-soins" par M. Perrin
directeur de l'ARH Bretagne. La CGT de l'hôpital souligne que la
fermeture des urgences la nuit est la suite logique de la fermeture de
la maternité, du bloc et des chirurgies. En son temps, la CGT a été la
seule organisation syndicale à dénoncer et à refuser ces fermetures
qui privent la population des soins de proximité ; nous avons à faire
à une direction qui a choisi la facilité en fermant ces services,
plutôt que de faire front à l'ARH, face au réel besoin de la
population du bassin de Quimperlé qui a été sacrifié sur l'autel des
économies budgétaires ».

 

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