Hôpitaux de proximité
Accusant le gouvernement d'une forte
volonté restructuratrice, synonyme selon eux de « désastre » pour l'accès aux
soins, les comités de défense des hôpitaux de proximité se réunissent tout le
week-end à Ivry-sur-Seine. Quelles sont les perspectives d'avenir pour les
petits établissements ? Après avoir adopté une ligne très offensive, le
gouvernement, qui a confié le dossier – entre autres – à la mission Larcher, se
veut plus pragmatique. Cela n'apaise ni l'inquiétude des élus locaux ni
n'empêche sur le terrain une impression de fatal engrenage de persister, « le
Quotidien » l'a constaté à Quimperlé.
Réactions en chaîne à
l'hôpital de Quimperlé
Les manifestations et les pétitions n'y auront
donc rien changé : la fermeture de la chirurgie viscérale et par conséquent de
la maternité de l'hôpital de Quimperlé a été effective courant juillet. Outre la
portée hautement symbolique localement d'une fermeture de maternité, cette
décision suscite beaucoup de questions et d'inquiétudes quant à l'avenir de cet
hôpital à l'ombre du gros établissement voisin de Lorient. Sans que des
perspectives claires n'émergent encore.
DE NOTRE CORRESPONDANT
Le Dr Daniel Le Bras devant une aile de chirurgie
aujourd'hui inutilisée(S. TOUBON/« LE QUOTIDIEN »)
L'INCERTITUDE et
l'incompréhension planent sur l'hôpital de Quimperlé où chacun s'interroge. Que
va devenir l'aile B destinée jusqu'à cet été à la chirurgie digestive ? En quoi
sera reconvertie l'aile C qui reste consacrée à la chirurgie orthopédique
apriori jusqu'à décembre ? Les femmes qui vont accoucher désormais sur
Lorient pourront-elles encore à l'avenir poursuivre leur séjour dans ce qui
était la maternité de Quimperlé, transformée depuis juillet en centre périnatal
avec suites de couches ? Le nouveau pôle mère-enfant, ouvert récemment à Lorient
et distant d'une vingtaine de kilomètres, sera-t-il un jour engorgé puisque les
femmes vont y venir des secteurs de Concarneau, de Hennebont, désormais de
Quimperlé et, peut-être demain, de Carhaix ? A quel service vont être affectés
les salariés concernés par les restructurations ?
Même le maire de la
ville, également chef de service à l'hôpital, doit se contenter de ce jeu de
questions sans réponses. «Maintenant que la chirurgie digestive et que la
maternité ont fermé, que vont devenir les urgences assurées 24heures
sur24?», se demande le Dr Daniel Le Bras. «Tout cela est déstabilisant
pour un hôpital général car tout est lié, précise-t-il, avant d'expliquer :
L'existence d'une maternité, qui réalisait environ 500accouchements par an,
permettait d'avoir une équipe complète avec des anesthésistes et des chirurgiens
digestifs. Ces derniers donnaient des avis aux urgentistes. Leur disparition
entraîne une diminution de la qualité des soins des urgences. Idem demain
avec la fermeture programmée de la chirurgie traumatologique. Le recours aux
anesthésistes ne sera plus nécessaire. Ce qui fragilisera encore davantage les
urgences. Sans compter que, dans cette situation, les urgentistes ne se sentent
plus suffisamment épaulés. Si les urgences disparaissent, cela sera grave pour
la population dans ce secteur plutôt rural et compte tenu des problèmes liés à
la permanence des soins.» Si ce scénario venait à être concrétisé, d'autres
questions ne manqueront pas d'être posées alors. Par exemple : pourquoi avoir
construit un nouveau bâtiment tout juste achevé avec des lits de courte durée et
des lits de surveillance continue, tous rattachés aux urgences ? Inutile de dire
que le sentiment d'une mutation en marche forcée serait encore un peu plus
prononcé.
En réalité, les cartes de la restructuration hospitalière
désormais engagée à Quimperlé, si elles n'ont pas été abattues avant cet été,
semblaient être connues de l'ensemble des acteurs sans que ces derniers n'aient
accepté de jouer la même partie. C'est en tout cas ce que pense Jeanne Le
Guyader, présidente du collectif de défense de l'hôpital créé en août 2005 mais
aujourd'hui en sommeil : «Excepté au tout début, avec notre première
manifestation en septembre 2005, les syndicats, les élus et la communauté
médicale n'ont pas agi dans la même direction car ils se sont laissé bercer par
l'ARH qui promettait d'accompagner la restructuration, ce qui signifiait fermer
la chirurgie et la maternité.» Un syndicat a estimé que le collectif lui
faisait de l'ombre auprès des salariés. Un autre aurait suivi les directives de
l'instance départementale et a fini par démissionner du collectif. Peu d'élus
ont rejoint le collectif ou bien, quand ils l'ont fait, c'était à titre
personnel. Les médecins auraient préféré miser sur les projets de
réorganisation. Sans parler du personnel peu présent ou totalement absent (comme
le personnel de la maternité) dans les cortèges ou aux assemblées générales.
«C'est regrettable qu'il n'y ait pas eu de mobilisation forte, comme cela a
été le cas à Saint-Affrique, souligne Jeanne Le Guyader, car, on voit
bien aujourd'hui la limite de cette volonté d'“accompagner la
restructuration”, le maître mot de l'ARH, avec une réorganisation qui se fait
au coup par coup, sans vision d'ensemble, et une perspective pour nous certaine
de voir se poursuivre le phénomène de cascade: hier, la chirurgie et la
maternité; demain, les urgences et ensuite la médecine!» Cela en serait
alors terminé de l'hôpital général tel qu'il a été conçu à la fin des années
1970 après qu'il a été construit pour être au départ un sanatorium. Parmi les
projets qui devraient ainsi matérialiser la mue de l'établissement local, celui,
innovant, de gérontopsychiatrie devrait aboutir à la fin de cette année.
D'ailleurs, le Dr Thierry Bonvalot, chef de service en psychiatrie de l'hôpital
de Quimperlé et initiateur du projet, parle volontiers de «mutation» dans
le cadre d'une «recomposition hospitalière». «Au-delà des regrets et
des souffrances, le plus important est bien que l'hôpital continue de vivre,
considère celui qui a été président de la CME jusqu'en janvier 2007. Tout le
monde pouvait faire aisément le diagnostic de la fragilité d'un système: des
recrutements rendus difficiles dans certaines spécialités, entre autres chez les
gynécologues, la présence d'établissements devenant de plus en plus gros et des
enveloppes financières limitées. De plus, certaines activités de chirurgie ne
faisaient pas le plein. Avec, en parallèle, des problématiques de santé publique
nouvelles. Nous savions qu'il y aurait recomposition, mais pas sous quelle
forme. Mais, fondamentalement, on n'a pas raisonné en se disant que l'on
prendrait la place de la maternité. D'ailleurs, en tant que président de CME,
j'ai toujours défendu la chirurgie et la maternité.»
L'argument
sécuritaire. Il aura fallu qu'un décès d'une patiente prise en charge
initialement à Quimperlé intervienne au cours de son transfert de Lorient à
Rennes, mais soit imputé à l'équipe locale pour que le processus de
restructuration actuelle s'engage. «Une enquête administrative a été menée
par des médecins de santé publique –ce qui est contestable– et a porté sur
l'organisation globale de la chirurgie, explique le Dr Daniel Le Bras. Il
a été reproché de ne pas avoir suivi un protocole adapté, sans que l'on voit de
quel protocole il s'agit. En réalité, et tous mes collègues maires confrontés à
ce type de procédé le disent, on disqualifie une activité en disant qu'elle est
dangereuse. La population se pose alors des questions. Dans cette situation, les
praticiens cherchent alors à partir, ce qui n'arrange rien étant donné le
contexte de démographie médicale que l'on connaît.» Mais le maire a
aujourd'hui un autre sujet de préoccupation : les menaces qui pèsent sur le
tribunal d'instance de la ville. «Ce sont toujours les populations les plus
en difficulté qui pâtissent de la fermeture de ces services de proximité»,
souligne Daniel Le Bras.
> OLIVIER QUARANTE
Le Quotidien du
Médecin du : 26/10/2007