COORDINATION NATIONALE
DES COMITES DE DÉFENSE DES HÔPITAUX & MATERNITÉS DE PROXIMITÉ

 

COMITÉ NATIONAL DE DÉFENSE DE L’HÔPITAL communique...

 

 

Président : Pr Alain LORTAT – JACOB

 

Cher(e)s collègues, cher(e)s ami(e)s

Le Bureau du CNDH vous communique ci-après la lettre du Dr Jean-Louis Chabernaud, un de ses membres, en réaction à un article de presse que le Pr. André Grimaldi de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière a écrit dans le journal Marianne, article intitulé « Hôpital public contre hôpital entreprise ». Les sujets abordés dans cet article de presse : la T2A, les pôles, la réforme « Hôpital 2007 » sont d’une telle importance qu’il nous est apparu nécessaire de vous communiquer la lettre de notre collègue du CNDH qui précise nos positions.

Notre collègue le Pr. André Grimaldi de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière a écrit dans le journal Marianne (n° du 14 au 20/01) un article intitulé « Hôpital public contre hôpital entreprise ». Dans cet article beaucoup de choses rejoignent les positions du CNDH, dénonciation de la T2A amenant à abandonner les activités et les malades moins rentables, et des pôles « regroupements hétéroclites de services plaçant les soignants, médecins et infirmières sous l’autorité de managers dirigeant les pôles ». Il dénonce très justement la réforme « Hôpital 2007 ». Tout ceci peut parfaitement être signé par le CNDH. De même, l’affirmation, en introduction de l’article, selon laquelle les coûts de santé ne peuvent qu’augmenter parallèlement au vieillissement de la population et aux progrès médicaux est tout à fait exacte. Mais je m’interroge sur la conclusion de cette affirmation : « Il s’agit de les réguler. Pour ce faire, deux voies s’offrent à nous : la régulation par les lois du marché ou la régulation par le contrôle public ». La nécessité de « réguler » les dépenses de santé est tellement répétée à l’envie, par les économistes, les politologues de droite comme de gauche, les médias, que quiconque oserait émettre une réserve ou un avis contraire passerait pour un farfelu ou un irresponsable. J’ai cherché le sens du mot « régulation » en matière financière. Je cite : « C’est l’ensemble des techniques qui permettent d’instaurer et de maintenir un équilibre économique optimum requis par un marché incapable en lui-même de le produire. » (Définition du Robert)

Il n’est évidemment pas question pour moi de dépenser n’importe quoi, n’importe comment. Nous avons une déontologie. L’article 32 du code de déontologie prescrit : « Le médecin s’engage à assurer personnellement au patient des soins consciencieux, dévoués et fondés sur les données acquises de la science. » Pas un peu plus ou un peu moins consciencieux, pas un peu plus ou un peu moins dévoués, pas un peu plus ou un peu moins conformes aux données acquises de la science… Cela à un coût, c’est évident. Mais ne doit-il pas être assumé ? Les médecins peuvent-ils transiger, faire des choix entre les techniques, les malades (oh bien sûr des choix qui nous sont toujours présentés « sur critères médicaux ») mais en réalité des choix sur des critères financiers : « pour instaurer et maintenir un équilibre optimum ». Une « régulation par le contrôle public », régulation qui semble avoir la préférence d’A.Grimaldi, existe : c’est celle de l’ONDAM, l’enveloppe financière indépassable, présentée par le gouvernement et votée par les députés. Dans les hôpitaux nous connaissons un « contrôle public » : c’est le budget global hospitalier, mis en place par le ministre de la santé PCF Jack Ralite, qui peu a peu a étranglé financièrement les hôpitaux. Mais puisque notre collègue Grimaldi parle économie, pourquoi ne mentionne-t-il pas les 155 milliards d’€ d’exonérations de cotisations à la Sécurité sociale accordés aux employeurs par les gouvernements qui se sont succédés depuis 1991, dont 27 milliards n’ont pas même été compensés ? Le déficit « abyssal » de la Sécurité sociale présenté par tous comme le drame des drames est de 11 milliards d’€… Ces chiffres sont pourtant connus, ce sont ceux publiés par la très officielle ACOSS, agence comptable de la Sécurité sociale ! Jamais quiconque ne s’est avisé de les démentir.
Le CNDH les a rendu bien des fois publics. Jamais personne ne nous a traité d’ignorants ou de menteurs. On préfère ne jamais en parler… André Grimaldi conclut son article par cette phrase « On peut défendre l’hôpital public » mais « en le rénovant. Les moyens existent, c’est la volonté qui manque ! » Il y a un hôpital public, attaqué de toutes parts, déjà victime de nombreux délabrements. Le défendre, l’améliorer pourquoi pas, mais commencer par demander les moyens de soigner, participer à la nécessaire résistance contre sa destruction en cours, c’est ce que le CNDH s’efforce de faire (plus ou moins bien, nous ne sommes pas prétentieux). Qu’est-ce que la « rénovation » pour « réguler » que nous propose notre collègue ? Cela n’amène que de la confusion. Les buts avoués des mesures actuelles (la « régulation ») seraient-ils louables, mais la méthode, elle, à rejeter (car trop « libérale ») ? Nous sommes plus terre à terre. Nous défendons l’hôpital public. Nous demandons les moyens de travailler et de prendre en charge tous les patients quelque soit leur âge ou origine. Nous défendons l’indépendance professionnelle des médecins hospitaliers gravement menacée, nous défendons les malades.

Dr Jean-Louis Chabernaud, pédiatre, praticien hospitalier, responsable médical du SMUR pédiatrique du CHU Antoine Béclère (AP-HP), Clamart.

Toute correspondance : Dr François PARAIRE. Laboratoire d’anatomie pathologique -Médecine Légale Hôpital R. Poincaré . 92 380 Garches Tel 01 47 10 76 88 E. mail : francois.paraire@rpc.ap-hop-paris.fr

 

 


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