Deux-sèvres Actualité
Les défenseurs de l'offre de soins entrent en résistance
( 04/04/2005 )


Des gens ordinaires ont saisi le fanion d'une résistance singulière. Leur adversaire : c'est l'administration hospitalière. A Thouars le collectif de défense de l'offre de soins a accueilli les états majors venus de toute la France. Objectif général : damer le pion aux ARH (Agences Régionales d'Hospitalisation).



Au théâtre de Thouars les témoignages font frémir : « on a vidé notre hôpital par petits bouts ».

De semblables réunions sont organisées plusieurs fois par an pour confronter les expériences et mettre au point des contre-attaques communes. « Travaillons dans la sérénité ! » Voilà ce que nous propose le ministre de la Santé, « autrement dit, ne faisons pas de bruit, tout va bien. » Par ces mots prononcés sur un ton ironique, Georges Tignon, président du collectif en Nord Deux-Sèvres a accueilli les délégations venues d'un peu partout en France (une soixantaine de personnes). Les témoignages issus de la Ferté-Macé (Orne) où la maternité a été fermée avec l'assentiment des élus, des Sables-d'Olonne (Vendée) où la chirurgie est désormais pratiquée par la clinique privée, de Saint-Affrique (Aveyron) qui a sauvé pour deux ans sa chirurgie, tous ces événements ont été (et restent) accompagnés de manifestations, de pétitions, de courriers (souvent sans réponses), de tracts, d'articles dans la presse locale, de barrages filtrants, de séquestrations de personnalités. Pas question de mourir en silence ! Et l'on voit alors que des populations (gens de tous âges) se lèvent pour combattre une administration qui ne semble plus être à leur service, mais qui devient au contraire « leur adversaire » !


“ Sentiment d'abandon et climat
insurrectionnel ”


« Les patients deviennent des clients, la santé se vend comme une marchandise. Mieux vaut être un cadre dans une grande ville pour vivre quatre ans de plus, qu'un ouvrier du Nord ou un paysan du Centre qui, statistiquement, peuvent espérer gagner seulement 0,9 an en plus ». « A Saint-Affrique le sentiment d'abandon était tel que nous avons frôlé l'insurrection. Soixante-trois élus étaient sur le point de démissionner, les toubibs dévissaient leurs plaques. » Tout cela pourquoi ? Pour maintenir un service de chirurgie !

A Bourg-Saint-Maurice les collectivités ont été sollicitées (comme à Dinan) pour mettre la main au porte-monnaie « sinon des services seront fermés a-t-on dit à nos élus ». Alors le collectif dans les Alpes a eu une idée, il a écrit aux maires pour les alerter : « vous risquez de mettre le doigt dans un engrenage dangereux. Les investissements ne sont pas de votre ressort et votre responsabilité pourrait se trouver engager si la sécurité n'est pas assurée. L'alerte a été entendue et comprise ! »

Face à l'imagination affûtée des ARH (Agences Régionales d'Hospitalisation) pour avancer des arguments doit répondre la bonne réplique des populations. Alors, avec une pugnacité qui force quand même l'admiration les collectifs épluchent les dossiers, apprennent le langage des ARH, vérifient la moindre statistique, relisent les rapports et répliquent. « C'est en traçant une carte sur les temps de déplacement que nous avons pu, à Saint-Affrique, montrer que tout un bassin de population était laissé à l'abandon si le service de chirurgie fermait. Au pied du mur, l'ARH a fait demi-tour. »


Philippe L'EXCELLENT.